RGPD 9 min de lecture 31 mars 2026

Durées de conservation des données clients chez l'avocat

Il n'existe pas de durée unique de conservation des dossiers d'avocat. Voici comment la déterminer, matière par matière, sans tout garder par défaut.

Réponse courte

La durée de conservation des données d'un dossier d'avocat doit être fixée en fonction du délai de prescription applicable au litige concerné (5 ans en matière civile de droit commun selon l'article 2224 du Code civil, souvent davantage pour certaines matières), et non appliquée de façon uniforme à tous les dossiers du cabinet, conformément au principe de limitation de la conservation posé par le RGPD.

PD
Pierre Duval
Consultant conformité & RGPD
RGPD Conformité Protection des données

« Combien de temps dois-je garder ce dossier ? » est l'une des questions les plus fréquentes — et les moins bien traitées — dans les cabinets d'avocats. Beaucoup optent par prudence pour « le plus longtemps possible », ce qui va pourtant à l'encontre du RGPD et complique l'archivage sans réel gain de sécurité juridique. Voici comment raisonner matière par matière.

Que dit le RGPD sur la durée de conservation ?

Le RGPD pose, à son article 5, un principe de « limitation de la conservation » : les données à caractère personnel ne doivent être conservées, sous une forme permettant l'identification des personnes, que pendant la durée nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles ont été collectées. Passé ce délai, les données doivent être supprimées, anonymisées ou archivées à des fins spécifiques (recherche, statistiques) dans des conditions strictement encadrées.

Ce principe s'applique à un cabinet d'avocats comme à toute autre organisation, mais son application pratique demande une analyse propre à l'activité : la finalité d'un dossier d'avocat ne s'arrête pas nécessairement à sa clôture, car le risque de contestation ultérieure — par le client, une partie adverse ou un tiers — subsiste souvent plusieurs années après la fin de la mission.

⚠️ Ce que le RGPD n'exige pas : il n'impose pas de tout supprimer à la clôture du dossier, mais il interdit de conserver indéfiniment sans justification documentée. C'est cette justification qui manque le plus souvent dans les cabinets.

Pourquoi le délai de prescription est-il le bon point de départ ?

Pour un avocat, la finalité qui justifie de conserver un dossier au-delà de sa clôture est très concrète : pouvoir répondre à une réclamation du client, reconstituer un historique, ou se défendre en cas de mise en cause de sa propre responsabilité professionnelle. Cette finalité rejoint directement la notion de délai de prescription : une fois ce délai expiré, l'action correspondante ne peut plus, en principe, être engagée, et le risque qui justifiait la conservation disparaît.

En matière civile, le délai de prescription de droit commun est fixé à cinq ans par l'article 2224 du Code civil. C'est pourquoi de nombreux cabinets retiennent une durée de conservation d'au moins cinq ans après la fin de la mission pour ce type de dossiers — sans que cela constitue une règle universelle applicable à toutes les matières.

Le bon réflexe : partir du délai de prescription applicable au litige concerné, pas d'une durée forfaitaire identique pour tous les dossiers du cabinet. En cas de doute sur une matière particulière, l'Ordre ou le Conseil National des Barreaux peuvent être utilement consultés.

Quelles durées selon la nature du dossier ?

Le tableau suivant présente des ordres de grandeur indicatifs, à adapter systématiquement au cas par cas et à la matière traitée :

Type de dossier Point de départ à considérer Ordre de grandeur usuel
Contentieux civil de droit commun Fin de la mission ou de la procédure Autour de 5 ans (art. 2224 du Code civil), à vérifier selon le litige
Droit du travail Fin de la relation contractuelle concernée Délais spécifiques selon la nature de l'action, souvent plus courts
Droit de la famille Selon la nature de l'affaire (divorce, succession) Peut être plus long compte tenu des enjeux successoraux
Responsabilité professionnelle de l'avocat Fin de la mission Généralement plus long que le seul délai d'action du client, pour couvrir l'action récursoire éventuelle
Dossiers pénaux Selon la nature de l'infraction Délais de prescription pénale propres, à vérifier au cas par cas

⚠️ Important : ces ordres de grandeur ne remplacent pas une analyse juridique matière par matière. Certains contentieux (construction, responsabilité décennale, droit des sociétés) obéissent à des délais spécifiques distincts du droit commun, qu'il convient de vérifier avant de fixer une politique de conservation.

Et pour les données hors dossier client (facturation, personnel, prospects) ?

Le raisonnement par finalité s'applique aussi aux autres traitements du cabinet, avec des durées généralement plus courtes et souvent encadrées par des obligations légales précises :

Pièces comptables

Conservation généralement fixée à 10 ans, en application des obligations légales comptables et fiscales.

Données des prospects

La CNIL recommande une durée limitée après le dernier contact utile, au-delà de laquelle la personne doit être ré-sollicitée pour son consentement.

Candidatures non retenues

Conservation limitée dans le temps sauf accord explicite du candidat pour une durée plus longue (CVthèque).

Logs de connexion

Conservation encadrée par des obligations légales spécifiques applicables aux opérateurs et hébergeurs concernés.

Ce point rejoint directement les principes détaillés dans notre guide RGPD cabinet d'avocats 2026 et complète notre article sur l'archivage numérique des dossiers d'avocats.

Comment appliquer ces durées au quotidien, sans tout garder par défaut ?

1. Fixer une durée par typologie de dossier

Plutôt qu'une règle unique, définissez une durée par matière ou type de contentieux, cohérente avec le raisonnement de prescription exposé plus haut.

2. Consigner cette durée dans le registre des traitements

Voir notre modèle de registre des traitements pour cabinet d'avocats pour documenter cette information de façon exploitable.

3. Organiser une revue périodique des dossiers échus

Une revue annuelle des dossiers arrivés au terme de leur durée de conservation permet une décision documentée : suppression, ou prolongation motivée si un risque particulier le justifie encore.

Dans NetJuris : chaque dossier clôturé conserve une date de clôture identifiable, ce qui facilite l'identification des dossiers arrivés à échéance lors d'une revue périodique — sans dépendre d'un suivi manuel sur fichier séparé.

Chez NetJuris

Les dossiers clôturés restent identifiables et consultables séparément des dossiers actifs, pour faciliter vos revues périodiques de conservation. Découvrez nos fonctionnalités ou nos tarifs.

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FAQ

Peut-on conserver un dossier plus longtemps « par sécurité » ?

Une prolongation est possible si elle est motivée par un risque identifié et documenté (contentieux en cours, mise en cause potentielle de la responsabilité de l'avocat), mais elle ne doit pas devenir la règle par défaut appliquée à tous les dossiers sans distinction.

Le client peut-il demander la suppression anticipée de son dossier ?

Le droit à l'effacement n'est pas absolu : le cabinet peut refuser si la conservation reste nécessaire à l'exécution du contrat, au respect d'une obligation légale, ou à la constatation ou à l'exercice de droits en justice.

Que faire des dossiers très anciens sans durée définie à l'époque de leur ouverture ?

Une revue rétroactive est recommandée : classer ces dossiers par typologie, appliquer le raisonnement de prescription applicable, et documenter la décision prise (suppression, archivage, ou conservation motivée).

La durée de conservation est-elle la même pour le dossier papier et sa version numérisée ?

Le raisonnement de finalité et de prescription est identique pour les deux supports. La question du support (papier ou numérique) relève davantage de la valeur probante que de la durée de conservation elle-même.


Publié le 2026-03-31. Contenu informatif destiné aux professionnels du droit ; il ne constitue pas une consultation juridique. Pour déterminer précisément les délais applicables à votre matière, référez-vous au Code civil sur Légifrance et aux recommandations de la CNIL et du Conseil National des Barreaux.

Cet article a été réalisé à l'aide d'outils utilisant l'intelligence artificielle, puis relu ou modifié par notre équipe avant publication.

Mots-clés : Durées Conservation RGPD Cabinet d'avocats
PD

À propos de l'auteur

Pierre Duval

Consultant conformité & RGPD

Consultant spécialisé dans la mise en conformité RGPD des cabinets d'avocats et professions réglementées. Il décrypte les obligations pratiques liées aux données clients et au secret professionnel. Découvrez tous nos articles sur le blog NetJuris.

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