« On se voit quand on a le temps » : c'est ainsi que se déroule, dans beaucoup de cabinets, l'entretien annuel entre le collaborateur et le cabinet — quand il a lieu. La réforme du RIN de juillet 2026 met fin à cette informalité en imposant une planification réelle de ce rendez-vous. Voici comment le structurer pour qu'il devienne un temps utile, et non une formalité de plus.
Que dit le RIN sur l'entretien annuel depuis 2026 ?
La décision du CNB du 10 avril 2026, publiée au Journal officiel le 7 juillet 2026, modifie l'article 14.3.3 du Règlement intérieur national, consacré au point annuel entre l'avocat collaborateur et le cabinet. Le principe d'une rencontre annuelle à la demande de l'une des parties existait déjà dans le RIN ; la réforme y ajoute un second alinéa pour en assurer l'effectivité.
Concrètement, cet échange doit désormais être planifié en tant que tel, afin que chacun puisse s'y préparer, et chaque partie a la possibilité de proposer en amont les thèmes qui y seront abordés. L'objectif poursuivi par le CNB est de sortir cet entretien d'un cadre informel pour en faire un véritable temps d'échange préparé — sur le modèle de l'entretien annuel que connaissent les salariés.
Ce qui change concrètement par rapport à l'ancien cadre
❌ Avant la réforme
- Rencontre à la demande d'une partie, sans cadre imposé
- Souvent informelle, parfois improvisée
- Pas de préparation des thèmes en amont
- Rarement tracée par écrit
✓ Depuis juillet 2026
- Rencontre planifiée comme un rendez-vous à part entière
- Chaque partie peut proposer des thèmes en amont
- Préparation possible des deux côtés
- Formalisation écrite recommandée (date, contenu)
💡 Bon à savoir : le RIN n'impose pas de formalisme particulier pour la trace écrite de cet entretien, mais il est recommandé, tant aux collaborateurs qu'aux collaborants, de formaliser par écrit la date et le contenu de l'échange — utile en cas de désaccord ultérieur sur ce qui a été convenu.
Comment préparer l'entretien en amont ?
La nouveauté centrale de la réforme est la possibilité, pour chaque partie, de proposer des thèmes avant la rencontre. Cela suppose une organisation minimale :
Fixer la date plusieurs semaines à l'avance
Une date connue longtemps en avance permet réellement aux deux parties de préparer leurs thèmes, contrairement à un rendez-vous fixé la semaine même.
Envoyer une invitation avec un ordre du jour ouvert
Un email ou une note simple indiquant la date, la durée prévue, et une invitation explicite à proposer des thèmes complémentaires.
Consolider les thèmes proposés par les deux parties
Le collaborant compile sa liste de sujets et celle du collaborateur, pour arriver à l'entretien avec un ordre du jour partagé plutôt qu'imposé.
Quelles thématiques aborder pendant l'entretien ?
Le RIN ne fixe pas de liste obligatoire de thèmes pour cet entretien. Dans la pratique, les sujets suivants reviennent le plus souvent :
| Thématique | Exemples de points à aborder |
|---|---|
| Charge et répartition des dossiers | Volume de dossiers actifs, équilibre entre types de missions, montée en responsabilité |
| Développement professionnel | Formation continue suivie, spécialisation envisagée, compétences à renforcer |
| Application des nouvelles garanties du RIN | Bilan concret de la clause de visibilité et du droit à la déconnexion |
| Rétrocession d'honoraires | Évolution de la part fixe, discussion d'une éventuelle part variable |
| Perspectives à moyen terme | Association envisagée, développement d'une clientèle personnelle, projets du collaborateur |
Comment structurer le déroulement de la rencontre ?
Ouverture — rappel du cadre
Rappelez la finalité de l'entretien et l'ordre du jour convenu, en confirmant que les deux parties ont pu proposer des thèmes.
Bilan de l'année écoulée
Dossiers traités, évolution des compétences, respect réciproque des engagements du contrat de collaboration.
Sujets proposés par le collaborateur
Laissez une place réelle aux thèmes qu'il a soumis en amont — c'est l'esprit même de la réforme.
Perspectives et engagements pour l'année à venir
Concluez par des points d'action concrets, datés si possible, plutôt que des intentions générales.
Que faire du compte-rendu après l'entretien ?
Le RIN recommande de formaliser par écrit la date et le contenu de l'entretien, sans imposer de modèle particulier. Un compte-rendu simple — même bref — présente plusieurs avantages : il évite les malentendus sur ce qui a été convenu, il permet de reprendre les engagements pris l'année suivante, et il constitue une trace utile en cas de désaccord ultérieur sur le respect des garanties du contrat de collaboration.
Où NetJuris peut vous aider
Conserver le compte-rendu de l'entretien annuel dans le dossier du collaborateur, au même endroit que le contrat de collaboration et ses avenants, évite qu'il ne se perde dans une boîte email. Un rappel automatique permet aussi de ne jamais dépasser l'échéance annuelle. Découvrez nos fonctionnalités ou nos tarifs.
Cet entretien s'inscrit dans une logique plus large de suivi des collaborateurs, que nous détaillons dans nos articles sur l'onboarding d'un collaborateur et sur la manière de suivre les missions sans micromanager.
FAQ : les questions fréquentes
L'entretien annuel est-il obligatoire même si personne ne le demande ?
Le RIN prévoit une rencontre à la demande de l'une des parties. Dans la pratique, il est recommandé de la proposer systématiquement plutôt que d'attendre une demande, pour éviter qu'elle ne soit jamais formulée.
Le collaborateur peut-il refuser certains thèmes proposés par le cabinet ?
Le RIN ne l'interdit pas, et l'esprit du texte est celui d'un échange préparé par les deux parties. En pratique, un désaccord sur un thème peut lui-même faire l'objet d'une discussion en amont de la rencontre.
Faut-il un modèle type de compte-rendu ?
Le RIN n'en impose aucun. Un document simple mentionnant la date, les thèmes abordés et les points d'action retenus suffit à répondre à l'objectif de formalisation recommandé par le texte.
Conclusion
En imposant la planification de l'entretien annuel et la possibilité pour chaque partie de proposer des thèmes, le RIN ne crée pas une contrainte administrative supplémentaire : il institutionnalise un temps d'échange que les meilleurs cabinets pratiquaient déjà, souvent sans le nommer ainsi. Structurer ce rendez-vous — préparation, ordre du jour partagé, compte-rendu — en fait un outil réel de suivi de la relation de collaboration, plutôt qu'une case à cocher une fois par an.
Pour comprendre l'ensemble de la réforme, consultez notre décryptage complet du RIN 2026 et notre article sur les clauses désormais centrales du contrat de collaboration.
« Un entretien annuel préparé change tout : il transforme un rendez-vous subi en un moment que les deux parties attendent réellement, parce qu'elles savent ce qui va y être discuté. » — Claire Bernard, coach productivité pour avocats
Sources officielles : Décision du CNB du 10 avril 2026, JO du 7 juillet 2026 · Règlement intérieur national de la profession d'avocat — CNB