Déontologie 9 min de lecture 13 janvier 2026

Vérification des conflits d'intérêts : process indispensable

Ce que dit la déontologie sur les conflits d'intérêts et comment organiser une vérification systématique, à l'échelle de l'avocat et du cabinet.

Réponse courte

L'article 4 du Règlement intérieur national (RIN) interdit à l'avocat d'assister plusieurs clients dans une même affaire en cas de conflit ou de risque sérieux de conflit ; cette obligation s'apprécie à l'échelle de la structure d'exercice entière, pas seulement de l'avocat saisi.

MCL
Me. Catherine Lefebvre
Avocate — déontologie & secret professionnel

Un conflit d'intérêts non détecté ne se paie pas seulement en sanction disciplinaire : c'est la confiance du client, la validité de certains actes et parfois la réputation du cabinet qui sont en jeu. Pourtant, dans beaucoup de structures, la vérification repose encore sur la seule mémoire de l'avocat qui ouvre le dossier. Voici comment en faire un process, pas un réflexe.

Que dit la déontologie sur les conflits d'intérêts ?

Le principe central figure à l'article 4 du Règlement intérieur national (RIN) de la profession d'avocat, adopté par le Conseil national des barreaux (CNB) :

Article 4.1 du RIN

« L'avocat ne peut être ni le conseil ni le représentant ou le défenseur de plus d'un client dans une même affaire s'il y a conflit entre les intérêts de ses clients ou, sauf accord des parties, s'il existe un risque sérieux d'un tel conflit. »

Le même article ajoute que l'avocat ne peut accepter l'affaire d'un nouveau client si le secret des informations données par un ancien client risque d'être violé, ou si la connaissance de ces informations favoriserait le nouveau client. C'est cette double dimension — conflit direct et risque de violation du secret professionnel — qui rend la vérification indispensable dès la prise de contact, et pas seulement lors de l'ouverture formelle du dossier.

Quand un conflit d'intérêts est-il caractérisé ?

Le RIN distingue deux situations selon la nature de la mission :

Fonction de conseil

Il y a conflit lorsque, au jour de sa saisine, l'avocat ne peut mener sa mission sans compromettre — par son analyse, les moyens juridiques préconisés ou le résultat recherché — les intérêts d'une ou plusieurs parties.

Fonction de représentation et de défense

Il y a conflit lorsque l'assistance de plusieurs parties conduirait l'avocat à présenter une défense différente de celle qu'il aurait choisie s'il n'avait défendu qu'une seule d'entre elles.

Le RIN prévoit également la notion de risque sérieux de conflit : une situation où une évolution prévisible du dossier fait craindre l'une des difficultés ci-dessus, même si le conflit n'est pas encore avéré au moment de la saisine. Cette anticipation est précisément ce qu'une vérification systématique doit chercher à détecter le plus tôt possible.

Cas fréquent en pratique : un même cabinet est sollicité par deux parties à un même contrat, ou par un ancien salarié contre une entreprise déjà cliente sur d'autres dossiers. Le lien n'est pas toujours évident si la vérification repose uniquement sur la mémoire de l'avocat contacté.

Le conflit s'apprécie-t-il à l'échelle de l'avocat ou de tout le cabinet ?

C'est le point le plus souvent sous-estimé : le RIN précise que lorsque des avocats sont membres d'une structure d'exercice, les règles sur les conflits d'intérêts s'appliquent à la structure dans son ensemble et à tous ses membres — pas seulement à l'avocat directement saisi. La même règle vaut pour les avocats qui mettent en commun des moyens, dès lors qu'un risque de violation du secret professionnel existe entre eux, ainsi qu'entre un avocat collaborateur et le cabinet avec lequel il collabore pour ses dossiers personnels.

Concrètement, cela signifie qu'un conflit peut exister même si l'associé qui accepte un nouveau client n'a personnellement jamais eu connaissance de l'autre partie — dès lors qu'un confrère du même cabinet la représente ou l'a représentée sur un sujet lié.

Comment mettre en place une vérification systématique ?

Une vérification fiable ne peut pas reposer sur la mémoire individuelle dès que le cabinet compte plus d'un avocat ou traite plusieurs dizaines de dossiers par an. La méthode qui fonctionne repose sur trois piliers :

1. Une base unique des parties, à l'échelle du cabinet

Clients actuels et anciens, mais aussi parties adverses identifiées dans chaque dossier, consultable par tous les avocats de la structure.

2. Une vérification avant toute acceptation de mission

Recherche systématique du nom du prospect et des parties liées (société mère, dirigeants, contreparties connues) dans cette base, avant tout premier rendez-vous facturable.

3. Une revalidation en cours de dossier

Le RIN vise aussi les conflits qui apparaissent en cours de mission : une nouvelle partie qui entre au dossier doit déclencher une nouvelle vérification.

Dans NetJuris : le module de vérification des conflits centralise les parties de tous les dossiers du cabinet et permet une recherche avant l'ouverture d'un nouveau dossier, avec une trace de la vérification effectuée.

Que faire lorsqu'un conflit est détecté ?

Le RIN prévoit une conduite claire : sauf accord écrit des parties, l'avocat (ou la structure) s'abstient de s'occuper des affaires de tous les clients concernés dès qu'un conflit ou un risque sérieux de conflit surgit, ou dès que le secret professionnel ou l'indépendance de l'avocat sont menacés.

En pratique, cela se traduit par un déport du dossier — refus d'accepter la nouvelle mission, ou cessation de la mission en cours si le conflit apparaît après coup. La possibilité d'un accord écrit des parties existe, mais elle doit rester l'exception, documentée, et ne jamais être utilisée pour contourner une situation où l'indépendance réelle de l'avocat serait compromise.

Quelles sont les conséquences d'un manquement ?

Un manquement à l'obligation de vérification des conflits d'intérêts est une faute déontologique, susceptible d'être portée devant le conseil de l'ordre. Au-delà de la sanction disciplinaire, les conséquences concrètes peuvent inclure la remise en cause d'actes accomplis, la perte de confiance du client, voire un recours en responsabilité civile professionnelle si un préjudice en résulte.

⚠️ À retenir : la bonne foi de l'avocat n'efface pas le manquement. C'est précisément pour cela qu'un process de vérification documenté — et non une simple vigilance individuelle — protège à la fois le client et le cabinet.

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FAQ

La vérification doit-elle se faire avant ou après le premier rendez-vous ?

Idéalement avant tout rendez-vous facturable, dès la prise de contact, sur la base des éléments d'identité déjà connus (nom du prospect, société, contreparties évoquées).

Un conflit entre deux dossiers sans lien apparent est-il concerné ?

Oui si la connaissance d'informations confidentielles d'un ancien ou actuel client pourrait favoriser le nouveau client, même sur un sujet distinct — c'est le critère retenu par le RIN.

Les collaborateurs sont-ils soumis aux mêmes règles que les associés ?

Oui, le RIN prévoit expressément que les mêmes règles s'appliquent entre l'avocat collaborateur, pour ses dossiers personnels, et la structure avec laquelle il collabore.

Que faire si le conflit n'apparaît qu'après plusieurs mois de mission ?

L'avocat doit se déporter dès qu'il a connaissance du conflit, sauf accord écrit des parties concernées, et organiser la transition du dossier dans des conditions préservant les intérêts du client.


Publié le 2026-01-13. Contenu informatif destiné aux professionnels du droit ; il ne constitue pas une consultation juridique. Référez-vous au texte à jour du Règlement intérieur national publié par le CNB pour toute application à un cas précis.

Cet article a été réalisé à l'aide d'outils utilisant l'intelligence artificielle, puis relu ou modifié par notre équipe avant publication.

Mots-clés : Vérification Conflits D'intérêts Déontologie Cabinet d'avocats
MCL

À propos de l'auteur

Me. Catherine Lefebvre

Avocate — déontologie & secret professionnel

Contenu rédigé pour les professionnels du droit par l'équipe NetJuris. Découvrez tous nos articles sur le blog NetJuris.

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